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 En matière de chronostratégie, il est important de savoir terminer une tâche : un planning est établi sur la base de durées estimées. Le respect du planning impose le respect de la durée attribuée au départ, sans quoi les tâches ultérieures ne peuvent être menées à bien.

 

Les extraits du dossier que nous avons choisis de vous présenter ne représentent qu’une partie du propos de son auteur, en relation directe avec les thèmes traités par la chronostratégie.

 

En finir avec nos tâches inachevées
Patrice van Eersel – dossier paru dans Nouvelles Clés, n°60 (décembre 2008, janvier - février 2009)

 

Traînez-vous, plus ou moins visible derrière votre dos, un bon gros sac rempli du plomb de l’inaccomplissement qui, avec le temps, finit par vous manger votre énergie, votre confiance et votre crédibilité ?

 

Comment distinguer les nécessaires renoncements et les tâches à finir d’urgence ? A cette interrogation, des réponses concrètes en trois vagues, de plus en plus intimes :
- le travail proprement dit, la vie professionnelle et notre façon de nous y comporter
- notre vie quotidienne et la façon dont nos névroses d’inachèvement peuvent se métamorphoser en moteurs d’évolution
- notre corps, notre ressenti, nos cinq sens, qui pourraient s’avérer, en dernier lieu, l’indicateur le plus sûr des tâches qui comptent vraiment pour nous et que nous aurions intérêt à savoir mener à terme.

 

Dans notre environnement professionnel, à l’exception de quelques professions, nous n’avons généralement pas appris l’importance essentielle de la clôture d’un travail, condition impérative pour pouvoir réellement passer à autre chose, donc pour évoluer. Selon Daniel Richard (actuel Président de WWF France) : « le problème, c’est que dans beaucoup de professions, il n’y a pas de bouclage. Du coup, le travail n’est jamais terminé et les gens tournent en rond. Par peur de la sanction ou par perfectionnisme, on ne finit jamais. » Imposer une fonction de clôture semble être un préalable stratégique. Avant même de commencer, le moment où le travail devra avoir été fini doit être fixé, quoi qu’il arrive ! Les gens doivent d’emblée se mettre dans la tête deux certitudes : que la deadline ne sera pas dépassée et que ce sera irréversible. S’il s’avère que des erreurs ont été commises et qu’il faudra corriger le tir, cette situation fera l’objet d’un nouveau projet. Toutefois, pendant un certain temps, chacun laissera vivre la nouvelle situation et la gèrera. Contrairement à une idée reçue, achever une tâche fait souffrir, parce que la perfection est inaccessible, que les dés sont jetés et que je risque toujours la sanction de l’échec. Alors que demeurer dans l’inachèvement permet de ses raconter des histoires.

 

La bonne nouvelle : les tâches inachevées peuvent se métamorphoser en moteurs de changement et d’évolution. Selon le docteur Danièle Flaumenbaum, il s’agit de prendre d’abord conscience que nos tâches inachevées quotidiennes sont, par essence, des répétitions. Les tâches inachevées sont caractéristiques de notre attachement infantile à l’illusion d’une éternité immobile. Ne pas terminer ce que j’ai commencé, c’est vouloir ne pas vieillir, arrêter le temps. Alors qu’achever ses tâches, c’est assumer les cycles et désirer transmettre avant de mourir.

 

Pour le docteur Catherine Aimelet-Périssol, « la tâche inachevée est en liaison directe avec la sensation émotionnelle. Nos structures les plus archaïques, notre fameux cerveau reptilien, que j’appelle notre crocodile, sent très bien les urgences à combler parmi toutes nos incomplétudes qui, pour lui, se traduisent par des atteintes aux fonctions vitales : manger, boire, dormir en sécurité, se reproduire, appartenir à un groupe, bouger librement […]. Notre corps sait pertinemment que l’arrêt du mouvement, c’est la mort. Il nous informe donc à intervalles réguliers – à sa manière : par des douleurs et des malaises – sur les zones où nous sommes menacés de paralysie. […] Toutes ces sensations sont des messages signalant une tâche à accomplir. […] Le problème, c’est que cette information, venue des couches primaires et vitales, entre en conflit avec d’autres informations, venues du cortex supérieur, qui poussent la personne à limiter ses actions à ce que sa mémoire a déjà répertorié. Se lancer dans l’inconnu ne peut pas être répertorié […] »

 

L’achèvement, c’est arrêter de se dire il faut, je dois. A la place, se dire plutôt « je vais finir et je serai content quand j’aurai fini ». Je serai content parce que je pourrai, enfin, commencer une autre tâche, un autre projet …

 

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Comme l’explique Boris Cyrulnik, la crise nous offre une formidable opportunité d’évoluer. Evoluer dans notre manière de concevoir le marché financier … et pourquoi pas, aussi, dans notre façon d’organiser l’entreprise ? (janvier 2009)

 

Ce que les animaux nous apprennent sur le krach boursier

 Par Boris Cyrulnik – paru dans le Point du 6 novembre 2008

 

Selon Boris Cyrulnik, la crise financière trouverait son origine dans la « surpâture », un comportement qui a décimé de nombreux mammifères.

 

Ce que Boris Cyrulnik nomme la surpâture est une hyper adaptation qui pousse à répéter à l’excès un comportement dont on tire bénéfice dans un premier temps. Par exemple la reproduction à l’excès chez certains mammifères qui se mettent à proliférer et ne sont plus capables de coexister, deviennent agressifs entre eux jusqu’à s’entretuer.

 

Un phénomène analogue serait à l’origine de l’actuelle crise financière : dans la salle des marchés, le trader répète à l’infini le même scénario : créer de l’argent avec de l’argent. Aujourd’hui, ce sont les traders, ceux qui se sont montrés les plus adaptés au système financier, qui en sont les premières victimes. L’extraordinaire vitalité de l’économie américaine s’est retournée contre elle en provoquant une fuite en avant financière. Le communisme, par exemple, a lui aussi été victime d’un phénomène de surpâture, cette fois à cause du toujours plus d’administratif : les individus ne comptent plus sur la famille ou les amis … mais sur l’Etat. Protégés par la société, ils perdent la solidarité affective, la seule qui donne la confiance en soi et le courage d’entreprendre.

 

Dans le monde animal, la surpâture est souvent fatale. Jusqu’à présent, l’homme, lui, a survécu à tous les phénomènes de surpâture qu’il a connus. Les sociétés humaines sont dotées d’une incroyable capacité à rebondir. Boris Cyrulnik explique que la grande différence est que l’homme s’adapte au monde qu’il invente jusqu’à la surpâture, alors que l’animal s’adapte au monde qu’il subit et invente beaucoup moins.

 

Sa conclusion est optimiste : nous allons encore une fois nous en sortir parce que nous allons évoluer.

 
 


 

La chronostratégie se fonde, entre autres, sur la capacité d’apprentissage des individus. Or, une découverte dans ce domaine, celle des neurones miroirs, pourrait avoir autant d’impact sur la psychologie que l’ADN en a eu sur la biologie (janvier 2009)

 

L’extraordinaire découverte des neurones miroirs !

Rencontre avec le Pr Oughourlian – paru dans Nouvelles Clés n° 59 (septembre – octobre – novembre 2008)

 

Si vous pouvez entrer en relation avec autrui, c’est grâce à vos neurones miroirs. Sans eux, vous seriez psychotiques, ou pervers, incapables d’empathie. Sans eux, ni relation, ni culture, ni humanité. Un colloque sur le sujet a vu émerger une neuro-anthropologie du désir, où la liberté commence par les chemins de l’imitation.

 

Fait capital : c’est apparemment grâce aux neurones miroirs que notre appareil neuronal s’est structuré, pendant les deux ou trois premières années qui ont suivi notre naissance, par mimétisme de nos parents ou des personnes s’occupant de nous. Si, pour une raison quelconque, le processus mimétique ne se met pas en place au début de la vie d’un individu, celui-ci devient, presque à tous coups, psychotique : ne ressentant rien des sensations d’autrui, il ne pourra pas communiquer avec lui. Le neurone miroir serait donc littéralement à la base de l’empathie. De la relation. De la compassion. De la culture. Cette disposition du cerveau à imiter ce qu’il voit explique aussi l’apprentissage. Mais aussi … la rivalité. Car si ce qu’il voit faire consiste à s’approprier un objet, il souhaite immédiatement faire la même chose, et donc, il devient rival de celui qui s’est approprié l’objet avant lui !

 

Nos neurones miroirs sont mobilisés par la pression mimétique de l’entourage. Exemple frappant : les campagnes publicitaires sont des luttes acharnées entre marques voisines pour prendre possession, par la suggestion, des neurones miroirs des spectateurs. Les neurones miroirs agissent tout au long de la vie. Dans nos sociétés, c’est de façon « spontanée » que tout le monde fait la même chose.

 

Quid, alors, de notre liberté ?
Le Pr Oughourlian explique : un homme peut revenir au stade d’apprentissage qu’il a connu dans l’enfance, quand on lui montrait et qu’il imitait, tout en gardant paisiblement le modèle comme modèle, et se libérer de ce carcan de rivalité qui l’enferme dans la jalousie, l’envie, la violence. La sagesse consiste à finir par apprendre à désirer ce que l’on a, et non pas systématiquement ce que l’on n’a pas. Si l’on y parvient, on est non seulement dans la sagesse, mais également libéré.